Ce n'est pas parce qu'ils sont beaucoup à avoir tord qu'ils ont raison. (W.B)
<< Je décidais alors de le regarder droit dans les yeux. Je ne tardais pas à regretter mon geste, ses vastes pupilles sombres me figèrent. Incapable alors de répondre à sa question, sortant d'entre mes lèvres de pathétiques voyelles incompréhensibles. Ses yeux noirs fixaient intensément les miens comme s'il lisait chaque partie de moi. Et je ne trouvais pas la force de rabaisser mon regard, comme figée par une force invisible. Lorsqu'il me reposa, déconcerté et pour la troisième fois, sa question, bien que je sois incapable d'aligner trois mots, j'avais l'impression qu'il en connaissait déjà la réponse. Qu'il avait lu en moi, et qu'à cet instant j'étais nue face à lui. C'est honteuse, et tremblante de colère que je retenais les quelques larmes, qui faute de mots se battaient pour s'exprimer. Il paraissait s'impatienter, je ne me sentais pas à ma place, voulant être n'importe où, ailleurs. Même la mort semblait une alternative convenable. Son agacement était presque palpable. Dans un effort qui donne l'impression de se battre contre chaque muscle de son corps, je me levais brusquement. Récupérant en vitesse mes quelques affaires et prenant soin de ne plus le regarder, et je le laissais en plan. Au détour du couloir, je lui adressa un regard timide. Il regardait droit devant lui, a la fois surpris et ennuyé. Il poussa un petit soupir et j'en profitais pour m'éclipser.
Je ne me surpris pas de rêver de sa mort pendant la nuit, le premier d'une longue série de meurtres.>>